65 nouveaux visiteurs de l’ANR  en mars 2017 en 3 escapades après les 70 visiteurs de  2013.
La France est le pays du vitrail.
Les Ateliers Bordelais, fondés en 1864 comptaient une centaine d’employés ; Dagrand, Feur, Villiet sont parmi les maitres verriers célèbres de notre ville ; Bernard Fournier leur a succédé en 1998 dans les vestiges du couvent des Cordeliers, rue St François à Bordeaux. Depuis 2012, il s’est installé à Villenave d’Ornon, il est le dernier atelier bordelais à créer et restaurer les vitraux.

Le verre a été inventé 3 000 ans avant JC ; on a retrouvé des vitraux à Pompéi.
La matière première essentielle pour les vitraux est la lumière.
Les maîtres verriers travaillent sur du verre flotté. On l’appelle ainsi car on versait le verre en fusion sur de l’eau, aujourd’hui il est versé d’un four suspendu avec une ouverture transversale d’où s’échappe le verre en fusion sur une table en zinc. Des oxydes de métaux teintent le verre dans la masse en cuisant.
Des oxydes de métaux teintent le verre dans la masse en cuisant.
Quelquefois, les maitres verriers soufflent une boule de verre blanc qu’ils trempent dans un verre en fusion coloré, une pellicule uniforme de couleur couvre alors le verre blanc ; ils peuvent alors enlever partiellement cette pellicule de couleur avec de l’acide et ainsi dessiner au pinceau un motif blanc ou l’abraser pour faire des reflets.

La grande majorité des verres utilisés sont teintés dans la masse et soufflés.
Une boule de verre en fusion est prélevée à l’aide d’une canne, le souffleur fait tourner la canne sans arrêt en soufflant, il obtient une boule, puis par un mouvement de balancier, il fait étirer la boule qui prend la forme d’une ampoule. Il la détache alors de la canne et coupe aussi le fond, obtenant ainsi un manchon, fragile car le verre a été cuit une seule fois. Ce manchon est coupé dans le sens vertical, remis au four pour que le verre remis à température de fusion donne une plaque de verre plat coloré. L’épaisseur du verre n’est pas uniforme, elle peut varier de 2 à 5 mm ; cela donne au verre des reflets et transparence différents que le maître verrier utilise dans sa composition.

Pour les commandes de particuliers, le maître verrier s’inspire de l’environnement du client, de la lumière ; le nord est la meilleure direction pour mettre les vitraux en valeur.
Il propose des motifs puis réalise une maquette au 1/10ème de la grandeur et ensuite un carton, qui est le dessin à grandeur réelle.

Le carton est reproduit sur un papier blanc et sur un autre papier kraft plus épais. Ce dernier est découpé à la forme exacte de tous les morceaux de vitraux à l’aide d’un ciseau à 3 lames qui permet d’enlever la largeur exacte de l’ « âme » du plomb.
Le plomb a la forme d’un H dont la barre transversale est l’âme qui a toujours la même largeur et les 2 barres verticales sont les ailes et dont la hauteur varie selon les besoins.

Le verre est découpé en suivant très exactement les patrons de carton, avec une roulette pour les formes droites ou courbes, ou avec un diamant pour suivre le gabarit sans risquer le couper. On ne peut faire d’angles aigus ou trop rentrés, le verre casse. Si on trace un rond dans le verre, il faut taper sur l’autre côté de verre pour le détacher.
On obtient un patchwork de morceaux de verre de toutes formes et toutes couleurs, il faut maintenant peindre les motifs noirs ou bruns.

La seule peinture qui tient sur du verre est à base d’oxyde de fer et d’eau plus de la gomme arabique pour faire mieux accrocher ; on « broie du noir », bien malaxé longtemps pour unifier le grain.
Pour faire un trait large et continu, le pinceau en poil de martre garde bien la matière, pour les traits plus ou moins fins, toutes sortes de pinceaux sont utilisées. Ces traits servent à réaliser les contours ; il faut remettre à cuire entre 620 et 680° pour fixer la peinture.
Pour réaliser le modelé (peau du visage, des bras…) on utilise un gros pinceau en soies de porc puis un blaireau pour unifier la teinte ; on peut aussi putoiser : donner un grain avec les pointes des poils du blaireau. Pour enlever de la matière, éclaircir, donner de la lumière, des reflets, on utilise un pinceau ou un manche affuté ou encore une aiguille….

Les modifications peuvent se faire tant qu’on n’a pas fait cuire. Une pièce peut connaître jusqu’à 6 ou 7 cuissons, une entre chaque opération. Plus le verre est cuit plus il est solide.
Fin 15ème siècle, on a découvert que l’oxyde d’argent intégré au verre lui donne une belle teinte jaune translucide ; cette couleur est très présente dans les vitraux du 16ème siècle.

Il reste à assembler les morceaux avec le plomb en H, souple, qui s’adapte à toutes les formes.
Le plomb est rainuré, les ailes sont ouvertes, on place la pièce de verre dans la rainure, puis on la fixe avec une pointe conique qui la bloque. Pour insérer un autre morceau de plomb, dans une autre direction, il faut frapper l’âme puis écarter les ailes à chaque morceau à ajouter. Lorsque tous les morceaux de verre sont ainsi entourés de plomb, il faut rabattre les ailes, qui sont écrasées sur le verre, palliant les différences d’épaisseur ; on rabat d’abord tout un côté, on soude à l’étain tous les morceaux de plomb, puis il faut passer à l’autre côté.
Pour assurer l’étanchéité, il reste à appliquer du mastic liquide qui va combler l’espace entre verre et plomb, enlever tout le mastic étalé sur le verre avec un chiffon de laine, puis brosser et enfin lustrer au chiffon ; le lustrage sert à noircir et uniformiser plomb et étain.


Toutes ces étapes montrent la complexité de composition des vitraux.
Le CAP de vitraliste demande en plus de la technique des connaissances en histoire de l’art, histoire des vitraux, mais il faut compter dix ans pour avoir une formation complète.
L’artisan ne voit qu’une fois chacune de ses œuvres, que ce soit une création ou une restauration car la durée de vie des soudures à l’étain est d’un siècle environ.
Les difficultés économiques des communes retardent les restaurations de notre patrimoine et dans notre pays les particuliers ne pensent pas à utiliser les vitraux dans la décoration, comme c’est le cas dans des pays comme le Japon ou les Etats Unis qui n’ont pas de tradition d’utilisation à caractère religieux.
On peut craindre que le savoir-faire des maîtres verriers se perde peu à peu comme ce fut le cas pendant  les 17ème et 18ème siècles.

 Merci à cet artisan d’art qui prend le temps de nous faire découvrir et partager sa passion.

Photos Alain Andrieu, Alain Caminade.
Organisation et récit Annie Charlier.