Bassens parc de Beauval

Le Parc de Beauval à Bassens

Nous sommes sur un site visité par l’homme depuis l’Antiquité comme l’attestent les pièces, poteries ou autres bijoux et outils trouvés sur le domaine par des associations d’amateurs éclairés et passionnés, dont notre guide Bernard Vallier.

Au Moyen-Age, le domaine de la baronnie de Montferrand s’étendait sur de nombreuses communes dont Ambarès, Ambès, Sainte Eulalie mais aussi Bègles, Landiras, Mérignac ou encore Lesparre.
La famille de Montferrand, apparentée à Aliénor d’Aquitaine avait fait allégeance au roi d’Angleterre. Après la  défaite anglaise à la bataille de Castillon en 1453, le roi de France Charles VII vint à Bassens recevoir leur reddition puis les exila en Angleterre. La famille emporta dans son exil les documents concernant l’histoire du domaine, ceux parvenus jusqu’à nous sont postérieurs, à partir de la seconde moitié du XIIIème siècle.
La propriété est alors donnée à un fidèle de la royauté française, Beauval.
En 1475, Louis XI fait revenir la famille de Montferrand qui est étroitement surveillée, et décide la poursuite de la destruction de leur forteresse ; celle-ci ne sera effective qu’en 1581, lorsque les jurats de Bordeaux rachètent la propriété.
Sur le domaine, on trouvait un château-fort, des douves de 6 mètres de profondeur entourant un vallum.
Les spécialistes ne s’accordent pas sur l’emplacement du château. Lors de la tempête de 1999, de nombreux arbres centenaires ont été détruits, les travaux entrepris pour les remplacer ont permis de mettre à jour deux morceaux de murs typiques du Moyen-Age, de 60 et 30 mètres de long. En prenant un peu de hauteur, on a pu découvrir les tracés de trois tours rondes qui s’alignent bien avec les murs cités précédemment, on peut donc penser que la forteresse s’élevait à cet endroit. Une salle souterraine datée du XIVème siècle  donne aussi beaucoup d’informations grâce aux nombreux objets qui s’y sont accumulés au cours des siècles.
Beaucoup de pierres appartenant à la forteresse ont été utilisées pour construire les maisons de Carbon-Blanc et de Bassens.

En 1725, Madame de Conilh fait l’acquisition du domaine et construire un petit château de très modestes proportions. Le terrain est bouleversé, une partie de la voie romaine qui le traverse disparait, de la vigne est plantée. Le domaine appartient à la famille de Conilh pendant  150 ans. Dans cette période, les douves sont remises en état, une allée directe du château vers l’église de Bassens est créée supprimant une partie des douves. Ce fait est un des évènements de la commune au XIXème siècle, où cohabitaient difficilement les notables de Carbon-Blanc et la population plus laborieuse de Bassens. En  1853, deux communes sont créées mais l’église est située à Bassens. Le cardinal Donnet donne l’autorisation ce créer une église à Carbon-Blanc. Tout ceci pose de nombreux petits problèmes qui font l’objet de savoureux échanges épistolaires conservés dans les archives.
A cette époque le domaine s’étend sur 96 hectares.
Après le décès sans héritier du dernier membre de la famille de Conilh, la propriété est achetée par un armateur bordelais Louis Hubert Prom. Il doit sa fortune à la découverte au Sénégal, en compagnie de son cousin Hilaire Maurel,  de l’arachide qu’ils importent  et développent la production d’huile.
M Prom donne au château les dimensions que nous voyons aujourd’hui ; deux ailes sont ajoutées de part et d’autre du cube primitif et le tout est surélevé d’un étage à la Mansart. Le haut de la façade est agrémenté d’un cartouche contenant les initiales (HP) du propriétaire, d’une mappemonde cerclée symbole de la profession d’armateur, de feuilles de bananier, du caducée du commerce, sans oublier le rostre de bateau. Trois grandes portes fenêtres sont surmontées de mascarons représentant le propriétaire, son épouse et une autre charmante dame…..Un escalier central, un balcon achèvent de donner belle allure à cette façade arrière du château. La façade avant, orientée à l’ouest, en briques de qualité médiocre n’a pas bien résisté au temps et est en cours de rénovation.
La famille Prom reste propriétaire jusqu’en 1924, de nombreux propriétaires se succèdent ensuite ; l’installation d’une maison de retraite a fait beaucoup de dégâts. En 1991, des promoteurs ont pour projet de détruire le château afin construire des immeubles d’habitation.

La commune de Bassens, dont la taxe professionnelle du port alimente bien les finances, achète alors le château et 16 hectares de parc. Le plan d’aménagement prévoit la rénovation de la ferme, du cuvier et du château.
La tempête de 1999, en arrachant la toiture du château, va perturber ces plans. De plus la modification de la taxe professionnelle en TPU va diminuer d’environ 22% le pouvoir d’investissement de la commune.
La serre et la ferme sont rénovées, des salles sont utilisées par des associations de la commune. Le lavoir Napoléon III a été démonté et remonté par les Compagnons du Devoir.
Dans le château, les cheminées, les parquets, les boiseries ont été volées ; le devis de rénovation du salon d’honneur s’élèverait à un million d’euros…..
La chapelle que M Prom fit construire est en partie rénovée, une partie des murs a souffert lors de la réfection de la toiture. Les vitraux peints sont du maitre Henri Feur.

Autre originalité, l’éolienne de Bollée construite pour alimenter le château en eau courante.
Le constructeur qui lui a donné son nom, Auguste Bollée est le frère du créateur du premier circuit des 24 heures du Mans.
Le site est dégagé et permet donc à l’éolienne de fonctionner avec un vent de 8 km/heure, le puits est alimenté régulièrement en eau (si on le vide complètement, il est de nouveau rempli en 24 heures).
Au-dessus d’une maçonnerie de 10 mètres de haut, l’éolienne mesure 23 mètres ; elle possède un rotors de 24 pales et un stator de 34 pales dont les inclinaisons sont inversées. Le rotor mesure 3.23 mètres de diamètre.
Elle fonctionne avec un vent minimum de 8km/heure mais si le vent est trop violent, elle se positionne face au vent en arrêt de sécurité grâce à un petit papillon qui déclenche un frein (invention du constructeur).
Elle a été rénovée en 1995 et en 2016.


Une grande salle d’exposition nous permet d’admirer 1/50ème des objets découverts sur le site !
Des pièces romaines, grecques, anglaises ou françaises, des bijoux gaulois, des boucles de chaussures ou  de harnais, de nombreux vieux outils et tant d’objets rares qu’il faudrait  passer beaucoup plus de temps à découvrir tous ces trésors de nos ancêtres.

Merci à notre guide de nous avoir fait partager avec passion une partie de ses connaissances.

Organisation et photos Alain Caminade.

Récit Annie Charlier.